samedi 24 juin 2017

alleztheo, juin 2017 : Les Eglises au 19ème siècle (la Modernité)

LES ÉGLISES ET LA MODERNITÉ
le 19ème siècle

La question se pose de savoir si L'Église est une "société ouverte"  ou une "société fermée" (selon les expressions de Henri Bergson) ?

LE CATHOLICISME
Sous le 1er Empire (Concordat), la Restauration, le Second Empire, le catholicisme retrouve sa position de religion d'État en France, comme dans la plupart des pays d'Europe. La deuxième République a une trop courte existence pour que le problème se pose, mais il va revenir avec la Commune de Paris et la Troisième République (puis au 20ème siècle, avec la Loi de séparation de l'Église et de l'État).

Les Grandes voix :
De grandes voix se sont élevées dans le catholicisme du 19ème siècle. En 1802, Chateaubriand (René de, 1768-1848) avec Le Génie du christianisme est réputé avoir rouvert  les portes des églises après la tourmente révolutionnaire.

La Mennais (Félicité de, 1782-1854), adversaire des gallicans, il n'en rompt pas moins avec Rome en 1834 et publie, la même année, ses Paroles d'un croyant, témoignage d'une mystique libre.

Lacordaire (Henri,1802-1867) ne suit pas son maître (La Mennais) après sa rupture avec Rome, élu député en 1848, il milite pour la démocratie chrétienne à l'aide de son journal L'Ère Nouvelle. Déçu par l'activisme politique, il se fait dominicain et se consacre au rétablis­sement de l'Ordre des dominicains en France.          

John Newman (1801-1890 est un théologien catholique d'avenir. Prêtre anglican, membre du Mouvement d'Oxford qui, à l'époque, dialogue avec les membres de l'Église catholique, il se convertit (come on dit) au catholicisme. Devenu prêtre, puis évêque, il sera nommé cardinal dans les dernières années de sa vie. Critiquant le Sola Scriptura de la Réformation, il met en avant ce qu'il appelle les ‟lacunes de l'Écriture”, en ce qui concerne la conception que l'Église a d'elle-même. Ces lacunes sont comblées, au cours de l'histoire, par une ‟Tradition prophétique”  qu'il situe à côté de la ‟Tradition épiscopale”. Ainsi va naître, dans le catholicisme, la conception de la Tradition qui, sans évoluer, sans changer d'identité, se complète. Sans John Newman, l'aggiornarmento de Jean 23 convoquant le concile de Vati­can  2, n'aurait pas été possible.

Certains romantiques, comme Victor Hugo, développent un sentimentalisme religieux (La légende des siècles, 1883, son théâtre) alors que d'autres, plus jeunes, élèvent des critiques (quasi nietzschéennes) à l'égard du christia­nisme (Gérard de Nerval, ‟Le Christ au jardin des Oliviers”, sonnet des Chimères, 1854).

Des Crises
En France, la Constitution civile du clergé, imposée par la Révolution, fonctionnarisait les membres des clergés, l'État les paye en retour d'un serment de loyauté envers lui. Accep­table pour les protestants* et, semble-t-il aussi par les Juifs, ce serment est inadmissible pour le Saint Siège et pour beaucoup de catholiques. D'où, dans l'Église de France, un conflit entre "prêtres jureurs" et "prêtres réfractaires".
*Suivant Rm 13, 1-7 (écrit dans le contexte de la Pax romana -la "Paix romaine"- ), les protestants considèrent comme légitime la loyauté envers le Pouvoir qui a une fonction d'ordre et de paix (la résistance à ce Pouvoir est aussi impérative dès lors qu'il professe une idéologie totalitaire quelle qu'elle soit. Voir Église confessante allemande).

C'est en France aussi qu'éclate la crise du Sillon, nom donné en 1894, par Marc Sangnier (1873-1950), au mouvement et au journal qui répandaient les idées sociales du corporatisme et les conceptions politiques qui donneront naissance à la démocratie chrétienne. Le Sillon sera désavoué par le pape Pie 10, pourtant la démocratie chrétienne prendra racine en Europe.

La crise du Modernisme touche aussi la France catholique, mais n'épargne pas le catholicisme d'autres pays européens. Elle concerne les exégètes catholiques qui adopteront l'exégèse historico-critique. Bien que condamné par le pape Pie 10 (1835-1914), le moder­nisme s'étendra jusqu'au début du 20ème siècle.

Crise entre Église gallicane et ultramontains. Depuis Philippe le Bel et jusqu'à Louis 14,  le Gallicanisme est favorisé par les souverains français, Bossuet en sera un champion avec sa Déclaration des Quatre articles, 1682, véritable Charte du gallicanisme. Suite à la Révolution française, au concordat napoléonien, puis à la Loi de Séparation de l'Église et de l'État (1906), les ultramontains l'emporteront en France.

Le schisme de l' "Église catholique chrétienne" ou  "Vieux catholiques", c'est ainsi que prendra nom le schisme qui suivra la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par Pie 10, lors du concile de Vatican 1, en 1871. Ce schisme, mené par le prêtre (et historien) Johann von Döllinger (1799-1890), excommunié en 1871, est surtout répandu dans les pays aléma­niques, il n'est toujours pas résorbé aujourd'hui.

De nouveaux dogmes
La piété mariale s'est répandue très tôt dans les communautés chrétiennes du Proche Orient. Au concile d'Éphèse (431), Marie est proclamée "Mère de Dieu" (theotokos), dès lors, la piété donne place à un culte de Marie tant dans les églises orthodoxes que catholiques. 

Le 19ème siècle est le siècle des apparitions de la Vierge Marie (une"apparition" se distingue d'une" vision" en cela que la Vierge y parle et donne un message) : Rome, 1842 ;  La Salette, 1846 ; Lourdes 1858 ; Champion États-Unis, 1859 ; Pontmain, 1871 ; Gielzrwald (Pologne), 1877 ; Knock (Irlande) 1879 : soit 7 sur 15.
Du côté catholique, le pape Pie 9 proclame l'"Immaculée conception" de Marie (1854). Marie est née sans que ses parents (Anne et Joaquim) aient eu des relations sexuelles, considérées comme pécheresses*.
* En 1950, le pape Pie 12, proclamera l' "Assomption de Marie" (Marie n'est pas morte, elle  s'est endormie et a  été élevée, dans ces conditions  jusques aux cieux [la "Dormition" orthodoxe n'est pas un dogme].


L'Immaculée Conception est une manière de désigner la Vierge Marie « sans tache » (latin : macula), c'est-à-dire sans péché, et également une fête de l'Église catholique, à l'occasion de laquelle ce mystère est célébré. Cette désignation renvoie à l'un des dogmes catholiques, la conception immaculée de Marie, qui précise que Marie, depuis sa conception dans le sein de sa mère, n'a pas été entachée par le péché originel.
La formulation « Immaculée Conception » ne concerne que la conception de Marie elle-même, et non pas celle de Jésus-Christ. D'autre part, ce qu'affirme le dogme est que, contrairement au reste de l'humanité, Marie n'a jamais eu besoin de purification ou de conversion.
La proclamation de ce dogme par le pape Pie IX en 1854 est le fruit d'une lente évolution dans l’Église catholique. La fête de la Conception de la Vierge est célébrée en Orient au VIIIe siècle, elle arrive en Occident autour du Xe siècle et se répand progressivement en Europe. Un débat théologique s'établit entre des théologiens de différents ordres. Les uns et les autres s'appuient sur les Pères de l’Église qui dès les premiers siècles avaient évoqué cette croyance. Le débat se développe à partir du XIVe siècle et s'étend jusqu'au XVIIIe siècle avec des prises de position de plus en plus répétées des papes, qui tout en encourageant les fidèles à célébrer la fête de l'Immaculée Conception se refusent toujours à en prononcer le dogme. Pie IX, après avoir consulté l'ensemble des évêques catholiques (qui marquent leur agrément à une très large majorité) ainsi que des commissions de théologiens, définit ce dogme de manière solennelle le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus.
La fête de l'Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.

Si l'Église orthodoxe célèbre la fête de la Conception de Marie et nomme Marie « l'Immaculée », elle ne reconnaît cependant pas ce dogme de l'Immaculée Conception, de même que les protestants ou les autres Églises chrétiennes. Note de Michel Dulon

1869-1870, le 1er concile du Vatican proclamera, malgré des oppositions ouvertes, le dogme de l'"Infaillibilité pontificale". Cela signifie que le pape est infaillible lors des plus solennelles occasions où il lui est donné de définir un aspect essentiel de la foi catholique. 
L'unité italienne s'achève en 1870 par l'annexion de Rome. Le pape perd ses États et se considère comme prisonnier dans le Vatican. Le catholicisme se replie sur lui-même, jus­qu'aux "Accords de Latran" signés avec Mussolini en 1929 qui font de la Cité du Vatican à Rome un État reconnu*.
*Le concile de Vatican 2 (1962-1965, sous les pontificats de Jean 23, puis de Paul 6) sera le concile de l'ouverture (aux Juifs, aux pro­testants, aux monophysites ou Nestoriens, aux laïcs, aux femmes) mais les deux pontificats suivants seront tenus par des papes qui faisaient partie des opposants au cours de ce concile (Karol Wojtila -Jean-Paul 2- puis Joseph Ratzinger -Benoît 16-).

LES  PROTESTANTS
Quand ils ne sont pas discriminés ou persécutés, les protestants adhèrent au Progrès.  Tentent de se mettre à la hauteur de la modernité sans trahir les grandes intentions de la Réformation.
Les protestants français ont retrouvé leur état civil avec la Révolution, mais, suite aux Articles organiques, signés en 1802 par Napoléon Bonaparte, 1er Consul, ils demeurent privés de leurs synodes jusqu'à la Troisième République.

Une pensée théologique libérée
Le protestantisme est touché par la crise du modernisme à sa façon, avec une rivalité (pas -encore- une scission) entre deux courants : les conservateurs (piétistes, orthodoxes, évangéliques, attes­tants) ou les libéraux de divers types.

Avec la fin des guerres de religion, c'est la fin des scolastiques (luthérienne ou calviniste), les théologiens se libèrent des idéologies de combat du 16ème-17ème siècle. La pensée théologique protestante occidentale redevient une pensée libre qui veut prendre une attitude positive vis- à-vis des Lumières et de la modernité. D'où une théologie qui tend à être éthique, anthro­po­lo­gie religieuse, philosophie ou histoire de la religion, théologie de la reli­gion, voire sagesse teintée de monothéisme ou d'exégèse biblique. Suite à la critique des Écri­tures, on va avoir une critique de la théologie vue depuis divers points de vue (anthropologie, psychologie, histoire, philosophies), une critique de la religion, une critique de l'Église.

Les positions se sont établies dès le 18ème siècle, qu'il s'agisse de ra­tio­nalistes et su­pra­naturalistes, de latitudinaristes anglais ou de néologues allemands face à des piétistes, d'or­tho­­doxes contre libéraux, aujourd'hui d'attes­tants et de libéraux. D'une part, des Églises fidèles à une idéologie fondamentaliste biblique iden­ti­taire. qui peut engendrer le sectarisme. De l'autre, des Églises qui se veulent ouvertes à la modernité, dont la théologie peut aboutir au n'importe quoi.

Outre quoi, deux réactions, l'une, existentielle, avec Kierkegaard (au 19ème s.), l'autre avec la théologie dialectique de Karl Barth (1886-1968, au 20ème siècle).

Les deux courants, attestants et libéraux, héritiers du 19ème siècle, se retrouvent dans les mêmes paroisses, les mêmes cultes, autour de la même cène, dans les mêmes synodes où chacun est tenu de voter selon sa propre conviction au moment du vote (pas de lobbying). Entre ces deux courants, n'appartenant spécialement à aucun des deux, il y a ceux que j'appel­lerai les "protestants sans parti-pris".

Pour comprendre, il faut partir de Rousseau et de Kant, plutôt que de Hegel (1770-1831) et bien qu'il y ait aussi eu des théologiens protestants hégéliens, tels Christian Baur (1792-1860) dont Schleiermacher se séparera ou Philipp Marhein­ecke (1780-1846), le professeur de Sören Kierkegaard (1813-1855).

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778): à côté de la raison, le sentiment réclame ses droits ; il n'y a plus de péché originel, l'homme est naturellement bon, la cons­cience est un instinct divin, par ses propres moyens, l'être humain peut atteindre, ici-bas, à la vertu.

Immanuel Kant (1724-1804) : la Raison n'a rien à voir avec la Révélation, mais peut concerner la Religion (La religion dans la limite de la simple raison, 1793). L'Épitaphe choisie pour lui-même résume ses positions  : ‟Le ciel au-dessus de ma tête, l''impératif moral gravé au fond de mon cœur”; c'est à dire : a) quelle que soit notre façon de scruter l'univers, nous ne trouvons nulle par la raison première ou dernière de son existence (pourquoi un univers et pourquoi pas), de sorte que la preuve de l'existence de Dieu par la contingence du monde (preuve a contingentia mundi) est à  juste titre la plus populaire ; b) nous avons une con­nais­sance innée du bien et du mal en vue de faire le bien : l'impératif moral. Il en sortira une éthique du Devoir (die Pflicht, du sollste : tu dois, ‟Wer will, der kann” : celui qui veut, peut, de la liberté responsable), qui va profondément marquer l'éduca­tion prussienne et, au-delà, allemande. 

À Halle, Christian Wolff (1679-1754) et August Francke (1663-1727) : philosophe de la religion contre la foi piétiste de tendance repristinatienne*.
* Projet de reproduire dans l'Église le temps biblique -particulièrement celui du Livre des Actes-, c'est à dire des époques de l'histoire du salut où il n'y avait pas d'Écritures néotestamentaires et où le Saint Esprit guidait directement les croyants.

Schleiermacher (Friedrich, 1768-1834), fils d'un aumônier militaire réformé, élevé chez les frères moraves, artisan de l'union entre luthériens et réformés allemands, il montre la voie d'une réflexion théologique personnelle dans ses Discours sur la religion à ceux de ses détracteurs qui sont des personnes cultivées (1799),  les théo­lo­giens y sont comparés à des "virtuoses" en leur domaine. Dans sa Christliche Glauben­s­lehre (Doctrine de la foi chré­tienne, 1821), à partir du ‟sentiment de dépendance absolue”, qui est le sentiment religieux uni­versel, il décrit le sentiment (non la sensation) que la communauté chrétienne évan­gé­lique a d'elle-même*. Il ne laisse pas de côté les définitions patristiques, mais La Trinité, par exemple, se trouve traitée en une demi page tout à la fin des deux volumes de la Christliche Glaubenslehre
* Hegel, Schleiermacher et Schelling sont des camarades d'études. Dans sa Phéno­mé­no­logie de l'Esprit (1807), Hegel décrit la conscience dans son devenir universel (ce qu'il appelle  l'Esprit) dans un temps circulaire. Dans sa Glaubenslehre (1821), Schleiermacher décrit le sentiment personnel et comm­u­nau­taire chré­tien dans une perspective de temps ouvert. La dernière pensée de  Schelling mêle philoso­phie, sagesse et religion dans un panthéisme (Philosophie de la mythologie, 1842) .
Hegel adopte le temps ouvert dans ses derniers cours sur La philosophie de l'Histoire qui porte sa fin en elle. Entre les deux, il y a la démarche dialectique (thèse, antithèse, synthèse) qui vaut pour tous les temps.  
Schleiermacher dépasse la théologie, il est le créateur de l'herméneutique moderne (dont Paul Ricoeur, 1913-2005, est le dernier représentant - pour une part de son œuvre seulement -) .

Après lui, avec Aloïs Biedermann (1819-1885), va naître le courant libéral propre­ment dit, démarche essentiellement critique. la théologie devient une "histoire et philosophie de la religion" (La théologie libre, philosophie et christianisme en combat et en paix, 1844), En France, création d' Évangile et Liberté en 1886. La démy­thologisation appartient au 20ème siècle.

Parallèlement, l'Institut biblique de Stuttgart, fondé en 1812, poursuit son travail d'établissement des textes hébreu pour le Premier Testament, grec pour le Nouveau, texte que nous utilisons toujours aujourd'hui. Biblia Hebraica, Stuttgartensia, Novum Testamentum Graece .

Pour donner une idée de la richesse de la production théologique des facultés de théologie protestantes au 19ème siècle, je cite ici quelques noms entre de nombreux autres.

Albrecht Ritschl (1822-1889) : pour donner une idée, je dirai que, pour Ritschl, la foi chrétienne fidèle au principe scripturaire (exégèse historico-critique de la Bible) est fondée sur des faits historiques et par ailleurs, en ce qui concerne la foi (justification, réconciliation), ne répond pas à des jugements de fait, mais à des jugements de valeur (qu'il définit comme non con­co­­mitants, mais indépen­dants)*. La doctrine chrétienne de la justification et de la ré­con­­ci­lia­tion, 1870-1874.
*  *Exemple évangélique de jugement de valeur, pour la justification comme pour la réconciliation : ‟Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux du ciel ?” (Matthieu 6,26), ‟Vous valez plus que beaucoup de moineaux” (Matthieu 10,31).  Les premiers philosophes des valeurs (axiologie), Wilhelm Windelband (1848-1915), Heinrich Rickert (1863-1936),  sont postérieurs à Ritschl.

      L'École de Paris : Auguste Sabatier (1858-1928) critique les symboles qui consti­tuent le langage religieux (dont celui de la Bible), Eugène Ménégoz développe l'idée de la foi comme confiance donnée à la personne de Jésus indépendamment de toute espèce de croyances. Ensemble, ils définissent ce que l'on appellera le symbolo-fidéisme.

Richard Rothe (1799-1867) (son Éthique, 1845-1848)) il n'est pas exclu de penser que le royaume de Dieu (terrestre) sortira, un jour, du progrès.

Ernst Troeltsch (1865-1923) : son point de départ est l'existence d'un "apriori reli­gieux", autrement dit, que la religion est un phénomène universel, ensuite, il préconise de rechercher des com­pro­mis entre Raison et Révéla­tion, compromis qui contribuent à une dé­marche asymp­to­tique vers l'idéal. 

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LE  CHRISTIANISME  PRATIQUE
On n'est pas sauvé si on a une bonne doctrine (orthodoxie), le salut s'adresse à la personne en son entier.
Souvenons-nous qu'il n'y a pas de Sécurité Sociale avant la moitié du 20ème siècle.

William Booth (1829-1912) et son épouse Catherine (1829-1890) : l'Armée du Salut dont le slogan est : ‟Soupe, Savon, Salut” :  car on n'annoncera l'Évangile qu'après avoir per­mis aux gens de se nourrir et de se laver.  Mouvement qui s'adresse à tous les démunis engendrés par les villes industrelles. Réhabilitation aux yeux d'eux-mêmes et évangélisation sont les buts fixés. Née en Angleterre, l'Armée du Salut essaimera à travers le monde entier. Ce n'est pas une Église (on n'y célèbre pas de sacrements), c'est un mouvement en relation avec les Églises (L'Armée du Salut est membre de la Fédération protestante de France).On y trouve, bien avant ces dernières, une égalité entre homme et femme : les femmes peuvent devenir soldates, officières, générales. À Paris, l'Armée du Salut bâtit un immeuble intitulé "Palais de la femme", car ce sont toujours elles qui sont les premières victimes. Il ne s'agit pas de faire du recrutement, on entre d à l'Armée du Salut par vocation.  l'Armée du Salut adresse celles et ceux qu'elle a pu aider à se relever et qui manifestent le besoin d'une communauté chrétienne,  vers la paroisse catholique ou protestant la plus proche.


Diaconesses : communauté caritative féminine protestante : en 1836, Theodor Flied­ner fonde une première maison près de Hambourg ; en 1841, Caroline Malvesin et Antoine Ver­meil, fondent l'Hôpital de Reuilly (Paris).

Henri Dunant (1828-1910) : la Croix Rouge, au point de départ, il y a le spectacle atroce des agonisants et des blessés abandonnés sur le champ de bataille de Solferino (victoire de Napoléon 3, en 1859). Poussé par sa foi (en particulier par la parabole du Samaritain de Luc 10), il obtient, en 1863, le vote de la Convention internationale de Genève qui fixe les devoirs de secours aux blessés de guerre. Ce sera le germe de la Croix Rouge inter­na­tionale (1864). La Croix veut rappeler le symbole de la croix blanche sur le drapeau Suisse, elle peut aussi renvoyer à l'Évangile.

La Mission populaire du pasteur anglais Robert McAll (francisé en MacAll) se veut, au départ, en 1872, une évangélisation du peuple de Paris, après la Commune. Aujourd'hui, mouvement d'évangé­lisation des quartiers populaires.

Les racines du Christianisme social, dans sa conception protestante (qui ne veut pas offrir une alternative qui entre en concurrence avec les idéaux sociaux de la République), se trouvent au 19ème siècle (prédication de Tommy Fallot (1844-1904) en 1878 à la Chapelle Taitbout de Paris).

L'Arbre de Noël : dans le Nord de l'Europe, la coutume est de décorer et d'illuminer un épicéa pour marquer le solstice d'hiver. Cet arbre de lumière est associé à la Nativité. Longtemps, cet us, associant l'Arbre à la Crèche, au domicile et au temple, a été propre aux seuls protestants, en France, il permettait de se distinguer des catholiques. Peu à peu, la fête de Noël autour de l'Arbre et de la Crèche, au temple, deviendra l'une des plus suivies par les familles et quasi rituelle. Par la suite, l'Arbre de Noël se popularisera, perdant tout sens christianisé. 

Jacques Gruber


Pour le mois de septembre, les Églises au 20ème siècle.

mardi 6 juin 2017

alleztheo, mai 2017 : le 19ème siècle : la Modernité

MODERNITÉ : 1e19ème s.

Tout par l'Homme et pour l'Homme
Une foi partagée dans le Progrès

ÉVÉNEMENTS
progrès matériels et révolutions sociales
de la Révolution française à la guerre de 70.
Révolutions (1789 les Droits de l'Homme et du citoyen), 1802-1815 : Consulat, Napo­léon, 1er Empire.
Napoléon 1er (1769-1821) : épopée, à partir du coup d'État du 18 Brumaire 1802, la légitimité donnée par les victoires ;  La Révolution française abolit l'esclavage en 1794, Napo­léon le rétablit en 1802. Le Congrès de Vienne 1814-1815 : réorganisation de l'Europe après Napoléon, les Pays-Bas reconnus comme nation à part entière.
Restauration , 1815-1830, 1830, fin de la monarchie des Bourbons, ; 1848 révolutions sociales européennes, (Manifeste du Communisme, Marx-Engels), 2ème Répu­bli­que 1848-1852 ; Napoléon 3, Second Empire 1852-1870 (la Commune de Paris);
Révolu­tions industrielles de la vapeur (1822, premières ligne de chemin de fer, en Angleterre, en France : 1833) de l'électricité, du moteur à explosion, de l'énergie de l'atome et aujourd'hui du numé­rique. Époque d'inventeurs, d'entrepreneurs industriels de grandes con­cen­­tration de capital produisant beaucoup d'intérêt au profit de quelques familles qui font ra­pi­de­­ment de grandes fortunes (Les Schneider au Creusot) Le machinisme au service de l'industrialisation, engendre des prolétariats.
En Angleterre, c'est le siècle de Victoria (1837-1901) dont la morale bourgeoise est adoptée par les bourgeoisies européennes.
L'Angleterre émancipe ses esclaves en 1833. Victor Schœlcher en 1848, obtient l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, abolition en Russie (1858), aux États-Unis en 1865, au Brésil en 1888.
Suivant l'exemple de son oncle, Napoléon 3, prend le pouvoir par un coup d'État et cherche à asseoir la légitimité de son pouvoir par des victoires : guerre de Crimée, guerre du Mexique, mais il perdra la guerre contre la Prusse, défaite de 1870. Bismarck proclame l'Empire allemand, en 1871, dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
De 1831 à 1870, les italiens, par une suite de mouvements de libération, obtiennent  l' Unité de l'Italie (royauté de Victor-Emmanuel 2). Le pape Pie 9 (règne de 1846 à 1878) perd ses États, réfugié à Gaète, il sera rétabli au Vatican par une intervention militaire française. La papauté s'estime, dès lors, prisonnière en Italie.
C'est un siècle d'inventeurs, de découvertes, d'explorateurs.

1796 : Laplace : Exposition du Système du Monde ; 1800, Volta, la pile électrique ; 1801, Gauss : Recherches arithmétiques ; Bichat : Anatomie ; 1805, métier à tisser de Jacquard, 1806, Argand, les nombres imaginaires ; 1812, Laplace, Théorie des probabilités ; 1812, Cuvier : Recherches sur des ossements fossiles ; 1820, Ampère : lois de l'électro­ma­gné­tique ; 1830, machine à coudre de Thimonnier ; 1831, Gauss, théorie des nombres complexes  ; 1832, Sauvage : invention de l'hélice pour les bateaux à vapeur ; 1837, Morse : télégraphe électrique ; 1839, Daguerre et Niepce : la photographie ; 1845-1858, Humboldt : Cosmos ou description physique du monde ; 1846, Le Verrier découvre Neptune par le calcul ; 1848, Mill, Principes de l'Économie politique  ; 1834, Sainte-Claire Deville isole l'alumi­nium ; 1855, synthèse de l'alcool par Berthelot ; 1836, synthèse de l'aniline par Perkin  ; 1859, forage du premier puits de pétrole par Drake ; 1862, synthèse de l'acétylène par Berthelot ; 1863, Beau de Rochas : moteur à explosion à quatre temps ; 1864, Maxwell, théorie de l'électro­ma­gné­tisme  ; 1864, première voiture à essence de Delamare et Bouteville ; 1865, Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale ; 1866, Alfred Nobel, invention de la dynamite  ; 1869, Classification périodique des éléments de Mendeleiev ; 1869, première utilisation de la houille blanche ; 1875, découverte des chromosomes (Strassburger et Fleming) ; 1876, invention du téléphone (Bell) ; 1877 invention du phonographe (Edison) ; 1884 invention du stylographe (Waterman) ; 1884, invention du transformateur électrique (Gaulard) ; 1885, vaccin antirabique de Pasteur ; 1887, découverte des ondes électroma­gné­tiques (Herz) ; 1889, découverte de l'hématologie (Hayem) ; 1890, invention du pneumatique (Dunlop) ; 1874, Stanley explore l'Afrique, 1975, Savorgnan de Brazza explore le Congo, Alexander von Humboldt (1769-1859) explore l'Amérique tropicale et l'Asie centrale.

L'ÉVOLUTION DES ESPRITS, DE LA SOCIÉTÉ ET DES ARTS

L'hégélianisme : Sécularisation de la théologie protestante : Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) Théorie de la science 1801-1804, nationalisme du Dis­cours à la nation allemande (1807) ; Luther, Commentaire de Romains) d'où Hegel (1770-1831) le devenir remplace l'être puis Kierkegaard , l'existence remplace le devenir.
Friedrich Hegel (1770-1831) est contemporain de Schelling (qui aboutit à un panthéisme), de Schiller (grande figure du romantisme avec Goethe), de Schleiermacher (qui reste théologien). Hegel (1770-1831) : Phénoménologie de l'Esprit (Geist, 1807), la phénomé­no­lo­gie remplace les conditions de possi­bi­li­té kan­tiennes, il formule la dialectique de la thèse, l'antithèse, la syn­thèse, et dé­bouche sur une philosophie de l'histoire (l'Histoire possède une Logique propre qu'elle développe à travers ses époques successives).
Hégéliens de droite (et de gauche). Hégéliens de droite (la sainte famille des Bauer, Marheinecke, le professeur de dogmatique de Kierkegaard) et de gauche : Ludwig Feuerbach (1804-1872, théoricien de l'aliénation religieuse : après avoir placé le meilleur de nous-mêmes en Dieu, il ne nous reste plus qu'à nous confesser pécheurs) ; Marx-Engels (dénonciation de l'aliénation sociale puis, avec le Capital, théorie d'un socialisme scientifique,  la dialectique historique va vers le Socialisme)
Sören Kierkegaard (1813-1855, un autre théologien qui ne deviendra pas pasteur, mais héros de  la vie évangélique), en réaction contre l'hégélianisme, il remplace le devenir par l'existence, l'absurde de l'existence ; la dialectique hégélienne, par les trois stades de l'existence ; l'affirmation que la vérité, c'est la subjectivité, il fustige par ailleurs l'Église établie. de son pays, le Danemark.

NB : Pascal contre le Dieu des philosophes (cartésianisme) ; Rousseau contre le déisme, Kierkegaard contre l'hégélianisme ; Barth contre l'Église embourgeoisée, contre la théologie libérale, contre le nazisme.

Le socialisme : Déjà, en 1762, Jean-Jacques Rousseau donnait la définition d'un socialisme collec­tiviste : "Une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé  et par laquelle, chacun s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant"  […] "L'aliénation de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté, car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous, nul n'a intérêt à la -rendre onéreuse aux autres"  (Contrat social, livre 2, chapitre 1, 6).

Au 18ème siècle, Adam Smith avait mené une réflexion économique, il sera suivi par   la doctrine imparable de l'utilitarisme de Bentham (1748-1832) continué par James Mill (1773-1836). C'est également de cette époque que datent ceux, qu'à juste titre, Karl Marx appellera des socialistes "utopistes" : Charles Fourier (1772-1837) ; Robert Qwen (1771-1858) ; Étienne Cabet (1788-1856) ; Pierre Joseph Proudhon (1809-1865).

Mais les premiers à se révolter sont les anarchistes : communards de la Commune de Paris (1871) ; théoriciens tel Kropotkine (1842-1921); terroristes individuels comme Ravachol (1859-1892) ou Caserio (1873-1894). C'est Lénine, avec les bolcheviques, au 20ème siècle, qui se fixera comme but d'anéantir les anarchistes et les socialistes (dits : "sociaux-traîtres").

Karl Marx (1818-1883), lui-même, passera par trois étapes au moins : l'idéalisme de sa jeunesse ; la lutte pour l'abolition de l'aliénation sociale ; le socialisme scientifique basé sur les relations entre capital et travail ; la propriété des moyens de production ; une logique de l'histoire qui implique le passage obligé, mais, en théorie, provisoire, par une dictature du prolétariat. Au 20ème siècle, nous en connaîtrons diverses réinterprétations : le bolchevisme, le trotskisme, le maoïsme, le gauchisme, le réformisme althussérien.

Le matérialisme, puis le nietzschéisme, vont être les vecteurs de l'athéisme en occi­dent.

Le romantisme : réaction du sentiment contre la Science. Point de départ : l'Angle­terre et l'Allemagne, en France : Rousseau, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset.

1796-1799, Schiller Wallenstein  ;1796-1831, Goethe, Les Années d'apprentissage et de Voyage de Wilhelm Meister ; # 1797, Novalis, Hymnes à la Nuit  ; 1799, Beethoven : La Pathétique ; 1800, Mme de Staël : De la Littérature ; 1800, Haydn : Les Saison ; 1802, Chateaubriand : Le Génie du christianisme ; 1807, Hegel, Phénoménologie de l'Esprit ; 1808, Fichte :Discours à la Nation allemande ; 1812, Hegel, Science de la Logique ; 1818, Schopenhauer, Le Monde, comme volonté et comme représentation ; 1820, Lamartine, Méditations poétiques ; 1822, Schubert, La Symphonie inachevée ; 1823, Stendhal : Armance ; 1824-1826, Vigny : Poèmes antiques et modernes, Cinq-Mars ; 1830, Balzac, Gobseck ; 1830-1842, Comte, Cours de philosophie positive ; Jules Vernes (1828-1905)

Les Arts : 1800, Ingres, Torse d'homme ;  David, Mme. Récamier ; Goya, La Famille du roi Charles 4 d'Espagne ; 1804, Ingres, Portrait de Napoléon ; 1806, Jean-François Chalgrin, L'Arc de Triomphe de Paris ; 1807, Turner, La Tamise vue de Walton Bridge ; 1809, Constable, Malvern Hall ; 1812, Géricault, L'Officier de chasseur ; 1814-1815, Exécution des Rebelles à Madrid ; 1822, Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers ; 1824, Delacroix, Massacre de Scio ; 1827, Corot, Pont de Narni ; 1832-1836, Rude, Départ des Volontaires (Arc de Triomphe) ; Chassériau, Portrait du Père Lacordaire ; 1848, formation du groupe des Préraphaélites ; 1849, Courbet, L'Enterrement d'Ornans ; 1857, Millet, Les Glaneuses ; 1862-1874, Garnier, Opéra de Paris ; 1863, Manet, Le Déjeuner sur l'herbe ; 1866, Monet, Femmes au jardin ; 1867, Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire ; 1867, Bazille, Réunion de famille ; 1874, Première exposition des Impressionnistes à Paris ; 1874 début de la construction du Sacré -Cœur à Paris ; 1876, Renoir, Le Moulin de la Galette ; 1879, Degas, Danseuse au repos ; 1883, Sisley, Une rue à Louveciennes ; 1884, Seurat, La Grande Jatte ; 1885, Van Gogh, Les Mangeuses de pommes de terre ; 1887-1889, construction de la Tour Eiffel à Paris ; 1888 James Ensor, L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1886 ; 1886-1898, les deux sculptures intitulées Le Baiser ; 1889, Les Nabis, La Revue Blanche ; 1891, Toulouse-Lautrec, La Goulue.

L'Histoire : Edward Gibbon : Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, 1776-1788 ; Jules Michelet, Histoire de France (1833-1846, reprise en 1855-1867) ; Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens (1835-1840) ; Friedrich Dahlmann (1785-1860), Johann Gustav Droysen (1808-1884) ; Theodor Mommsen (1817-1903, Histoire romaine, 1854-1885) ; Leopold von Ranke (1795-1886, Histoire d'Allemagne au temps de la Réformation,1839-1847).

Le pangermanisme (Richard Wagner, 1813-1883) , le panslavisme (N.I. Danilevski, 1822-1885).

Les doctrines de perfectionnement de l'Homme : le Goetheanum, le sport,  l'eugé­nisme (le racisme) ;

Friedrich Nietzsche (1804-1900), la fin de la culture universitaire occidentale (La Naissance de la tragédie 1872; ‟La philosophie à coups de marteau”, Le Gai savoir,1882), le dépassement du nihilisme (l'éternel retour du même), le dépassement de soi au mépris des autres, l'avènement du Sur-Homme, d'une Sur-Humanité (Ainsi parla Zarathoustra, 1883).

Charles Darwin (De l'Origine des espèces, 1859) : l'être humain est un animal comme un autre, l'Homme est remis à sa place

 Alexis de Tocqueville découvre la démocratie américaine De la démocratie en Amérique 1835-1840.

Henri Dunant, suite au spectacle des blessés et des mourants sur le champ de bataille de Solferino (24 juin 1859, Italie) et réentendant l'appel de la parabole du  Samaritain de Luc 10, promeut la Convention de Genève de 1864 qui est à l'origine de la Croix-Rouge

1872, création du Parc de Yellowstone

1873, la Nouvelle-Zélande donne le droit de vote aux femmes



Jacques Gruber

samedi 13 mai 2017

Le monde protestant aux 17ème et 18ème siècles

LE  MONDE  PROTESTANT  AUX 17ème ET 18ème SIÈCLES

En un siècle (1648 : Traités de Westphalie, fin des guerres de religion -1743 : Synode et Confession de Westminster qui marquent l'adoption du régime presbytérien-synodal par l'Église d'Angleterre), le monde protestant qui n'existait encore pas est né et a pris forme.

Dans les pays protestants, l'alphabétisation prend de l'avance, car il faut que chacun puisse lire sa Bible dans sa langue maternelle, des écoles de filles se créent (les premières par Luther), des établissements d'enseignement supérieur et des "maisons de santé", ouvrent ou se développent dans les pays allemands, scandinaves, en Angleterre et en Écosse ; la formation des pasteurs est intellectuellement forte.

LES  GRANDES  INTENTIONS

L'Église est là où le Parole de Dieu est fidèlement annoncée et les sacrements cor­recte­­ment administrés. (Calvin ajoutait : la Discipline synodale observée).

Le Salut par la seule Grâce, la seule Foi, la seule Écriture (ou Parole)*.
*Seule la foi saisit le Salut par la seule grâce et comprend que seule l'Écriture (biblique) y donne accès ; la grâce seule est don de la seule foi et inspiratrice de la seule Écriture ; c'est par la seule Écriture que nous recevons le témoignage de la grâce seule et de la seule foi. Le Salut n'est pas proposé ou offert, il est donné, donné sans condition.
Le Salut par la foi s'oppose à un salut par les œuvres, il n'est ni proposé, ni offert, il est donné sans condition. Les œuvres, ce sont les rites (les sacrements) ou les œuvres méritoires. Les Églises protestantes pratiquent des sacrements (baptême et cène) qui n'agissent pas par eux-mêmes, qui sont "donnés à la foi, par la foi, avec la foi", de même, des" œuvres de la foi", données, sans recherche de mérite. Le mariage est une bénédiction, les enterrements, cultes d'actions de grâce, célébrations diverses, peuvent être qualifiés d'actes ecclésials. 



Les Églises dépouillées, sans objets de culte ou de dévotion. Le tutoiement du Sei­gneur. Le culte protestant n'est pas un spectacles, pas un psychodrame, ce n'est pas non plus une conférence, c'est plutôt une salle de concert. D'abord parce que la musique et le chant de l'assemblée  y tiennent une place importante, ensuite parce que l'on vient pour "éccouter" , écouter une Parole retransmise par la prédication. 

Une Église réformée doit toujours se réformer (selon l'Écriture -ou la Parole- : ‟L'autorité de l'Écriture est celle de la Parole ”, Johann Salomo Semler, voir plus bas).

Le sacerdoce universel ; il n'y a plus de clergé, même s'il existe des sacrements et des pasteurs ; ouver­ture pour un pastorat féminin (fin du 20ème siècle). 

DES  CONTROVERSES  ET  DES  ACCORDS

Dès lors que l'on reconnaît la liberté de conscience, de pensée et de parole, on ne peut empêcher que des controverses, voire des querelles naissent. Ceci s'est produit aux 16ème et 17ème siècles, mais a abouti à des accords.
Indiquons brièvement : a) la querelle arminienne aux Pays-Bas qui concerne l'inter­préta­tion modérée ou stricte de la prédestination. Les troubles jetés par cette querelle ont conduit Guillaume d'Orange à convoquer un Synode à Dordrecht (1618-1619) qui tranchera en faveur de l'interprétation stricte.
En Allemagne :
b) la question de la "justice forensique" : la justice conférée par grâce, par le moyen de la foi reste extérieure à nous. Melanchthon ayant évolué sur cette question, il s'en est suivi des partis (philippistes et anti-philippistes) -du prénom de Mélanchthon- et des disputes.
c) Johann Agricola enseignait que le croyant justifié (sauvé) par la foi était libre à l'égard de la Loi (querelle antinomiste), il avait été désapprouvé par les théologiens proches de Luther ;
d) Osiander, réformateur de Marbourg avait repris la mystique de Maître Eckart con­cer­nant une habitation du Christ en nous, en particulier suite au sacrement de la cène. Luther, revenu en hâte de la Wartbourg où il traduisait la Bible en allemand, avait donné une série de prédications à Wittenberg pour contrer cette thèse ;
e) au sujet de la collaboration de l'être humain avec Dieu dans le salut (la synergie), Melanchthon et Pfeffinger (opposés à cette conception) avaient dû combattre Amsdorf et Flacius ;
La Formule de Concorde datée de 1577, dont le titre est éloquent,  mettra fin à ces dif­fé­rents en terre allemande.
f) le débat sur la cène : le pain et le vin sont-ils des symboles (Zwingli) ou y a-t-il une consubstantiation (Luther) qui avait donné lieu au colloque de Marbourg lequel s'était terminé sans anathèmes réciproques, avait repris en Suisse, entre Ulrich Zwingli et Henri Bullinger (pour qui le  pain et le vin sont des signes). Un consensus (Le Consensus de Zurich, 1549, publié en 1551), suivi d'une nouvelle Confession Helvétique, publiée en 1565, mettront fin au dissentiment.

LES  DIFFÉRENTES FORMES d'ÉGLISE

Le Régime presbytérien-synodal
L'Église se gouverne avec une hiérarchie d'assemblées élues : conseils presbytéraux, synodes régionaux, synodes nationaux.
Ce régime est, à l'origine celui des Églises réformées (calvinistes). Il va s'étendre à l'Église d'Angleterre et aux Églises anglicanes (ou épiscopaliennes) à partir du Synode de West­minster (1743). Jusque là l''Église d'Angleterre était une Église de la couronne, son chef , en dernier ressort, était le roi. Lors de ce synode, l'Église d'Angleterre (qui avait déjà adopté le calvinisme avec Édouard 6) adopte le régime presbytérien-synodal, emboîtant le pas à l'Église d''Écosse. Désormais, le roi sera son Protecteur (titre honorifique). Les Églises luthériennes, Églises de la couronne dans les différents États allemands ou scandinaves, adopteront le régime presbytérien-synodal au 19ème siècle.
Ces Églises sont des Églises multitudinistes, qui acceptent les croyants de toute qualité : petits, moyen, grands (S M L, pour reprendre les sigles des vêtements).
Au 20ème siècle, se constitueront des unions mondiales non délibératives : La Fédéra­tion luthérienne mondiale, L'Alliance réformée mondiale (auxquelles s'ajouteront des Al­liances mondiales baptiste et méthodiste).

Le congrégationalisme
Pour ,comprendre, il faut remonter aux dissidents anglais qui émigreront en Amé­rique. Des groupes de chrétiens d'origine réformée, en désaccord avec l'Église établie, vont former des Églises autonomes qui n'acceptent d'autre autorité qu'elles-mêmes. La forte cons­cience de l'élection dont la réussite personnelle est le signe, qu'ont ces chrétiens leur donnent un sentiment de plus grande authen­ti­cité (ce sont des chrétiens XL, pourrait-on dire).
Les Églises congrégationalistes n'ont pas de synodes, mais peuvent se rassembler lors de Conventions. Ces réunions, parfois importantes, ne sont pas délibératives, elles sont axées sur les valeurs de la prédication, de la fraternité, de l'entraide, des échanges d'expériences. Tout chrétien, toute Église particulière peuvent en revenir avec de nouvelles impulsions, de grandes résolutions.
Historiquement, le congrégationalisme prendra principalement les formes du baptisme et du méthodisme.

le baptisme :
Il ne faut pas le confondre avec l'anabaptisme du 16ème siècle. L'anabaptisme, comme son nom l'indique, rebaptise les chrétiens adultes, le baptême reçu dans l'enfance étant consi­déré comme nul alors que le baptisme prône le refus du baptême institutionnel des petits enfants pour un baptême personnel d'adultes matures qui n'ont pas reçu le baptême dans leur enfance, ce qui n'implique pas, le cas échéant, de re-baptême.
L'anabaptisme du 16ème siècle est une idéologie chrétienne extrémiste (XXL) qui a pour théâtre l'Alle­magne des débuts de la Réformation luthérienne. Sous la direction de Mel­chior Hoffmann, nouveau Savo­na­role, des chrétiens acquis aux idées de Luther, s'étaient rassemblés dans la ville de Munster pour y établir un ‟ Reich Christi” (Royaume du Christ). Il s'y développe alors un règne de sectarisme religieux et moral tel que les mécréants y étaient passés au fil de l'épée. Il faudra un siège et une capitulation au cours desquels Melchior Hoffmann trouvera la mort pour que la ville revienne à la normale (en 1635).
Un anabaptisme pacifique se développera plus tard avec les disciples de Simon Mennon (les mennonites).
Le baptisme s'implantera en Amérique avec Roger Williams (1603-04 - 1684), créateur de l'État de Rhode Island (capitale Providence) qui inscrit la tolérance religieuse dans sa constitution. Amorce d'un succès auprès des Églises afro-américaines. Le pasteur Martin Luther King était baptiste.

le méthodisme :
On pourrait aussi bien parler de Réveil, de revivalisme, car le mot de "méthodiste" est un sobriquet entre étudiants. Á l'université, les frères Wesley et leurs amis  menaient une vie si bien organisée, avec, en particulier, des moments réservés à la prière, l'étude biblique, l'édification, que leurs condisciples les avaient qualifiés de "méthodistes".
George Wesley (1702-1791), après être passé par une conversion très affective et qui sert encore au­­jourd'hui de modèle aux méthodistes, avait conçu, avec son frère et ses amis, le projet de réveiller l'Église d'Angleterre qui s'était assoupie (c'était leur message). Ils n'y parviendront pas de sorte que leur mouvement se développera hors de l''Eglise et, tout particu­lière­ment, auprès des masses populaires. C'est l'époque d'un extraordinaire développement de l'industrie en Grande Bretagne, avec la naissance des premiers prolétariats. L'Histoire a conservé l'image de George Whitefield (1704-1770), bras droit de Wesley, évangélisant les mineurs ou les ouvriers d'usine, en plein air, sur le site. Les "méthodistes" ajoutaient l'acte à la parole, en ouvrant des "salles d'asile" où les femmes et les enfants des prolétaires étaient chauffés et recevaient un repas, les femmes pouvaient s'y occuper à de petits ouvrages rétribués.
George Wesley finira par quitter l''Eglise d'Angleterre qu'il n'avait pu réveiller, alors que George Whitefield ne s'en séparera à aucun moment.
Les conversions retentissantes, les grands "camp meetings" (réunion d'évangélisation en plein air), resteront la marque du  méthodisme (chrétiens XL) qui espère toujours réveiller les Églises multitudinistes qui en ont effectivement toujours besoin.

les Quakers
Quakers, ceux qui Tremblent devant le Seigneur, dans la ligne des croyants d'Israël (voir la vocation d'Essaie dans Essaie 6). Petite Église fondée par George Fox (1624-1691), les "amis" comme ils se saluent luttent ,entre autre, contre l'esclavage.

Les Pentecôtistes viendront ,à la fin du 19ème siècle, compléter ce tableau du monde protestant qui reste aujourd'hui encore assez semblable à ce que nous venons de voir.

LES  COURANTS

Il s'agit de courants qui traversent les Églises protestantes multitudinistes depuis le 18ème siècle, sans constituer d'Églises particulières.
les piétistes
Philipp Spener (1635-1705), pasteur alsacien, a, en 1675, l'idée de former dans les Églises multitudinistes de petites Églises (ecclesiolae) plutôt que de fonder chaque fois une Église nouvelle, c'est ce que nous appelons aujour­d'hui des "Églises de maison". L'assiduité aux cultes ne permet pas les échanges spiri­tuels sur une méditation bi­blique, la prière libre, l'édification mutuelle, ainsi, entre deux cultes, les chrétiens qualifiés de "pieux" à l'époque, peuvent-ils se réunir librement pour ces exercices. Nombre de nos cantiques les plus connus, toujours appréciés, sont d'origine piétiste. (Paul Gerhardt, 1607-1676)

les unitariens
On nomme ainsi des personnes qui n'adhèrent pas au dogme de la Trinité (qui ne le comprennent pas, n'en ont pas besoin). Au départ, le mouvement unitarien n'a pas de lien avec la Réformation, il en aurait plutôt avec l'humanisme de la Renaissance. On pense qu'il serait né en Europe centrale et qu'il aurait ensuite rejoint le monde protestant. Il se distingue du Déisme par le lien personnel qu'il entretien avec le Dieu Un. Les unitariens peuvent se trouver dans les diverses grandes Églises multitu­dinistes, mais en Amérique, ils forment des Églises et possèdent même des universités.

Les libéraux sont un autre courant du protestantisme qui se constitue au 19ème siècle.

LES  SECTES

Ce sont des électrons libres du protestantisme (Mennonites, Darbystes, Adven­tistes) ou, franchement, des mouve­ments para-chrétiens (Témoins de Jéhova) ou non chrétiens (Mormons). Dans l'en­semble, quand ces groupes se fondent sur une vérité biblique absolutisée (souvent apocalyptique), ce qui les caractérise est un esprit sectaire de croyants chrétiens que l'ont pourrait qualifier de XXL. Pour eux, le petit ombre n'est pas négatif, au contraire c'est un signe d'élection. Les "sectes", sou­vent d'origine anglo-saxonne, se sont développées au 19ème siècle. Aujour­d'hui, plusieurs d'entre celles qui se posaient précédemment en face du christia­nisme, se reven­diquent aujourd'hui comme "chrétiennes". On rapporte à Ron Hubbard, fonda­teur de la Scientologie, cette proposition cynique : ‟Aujourd'hui, si vous voulez gagner de l'argent, inventez une religion”.

L'universalité de la Parole scripturaire biblique rayonne des Églises  dont elle est la nourriture quotidienne. 
Ce n'est pas l'Église sujet d'un universalisme totalisant où la Parole tient la sixième place, après l'Institution, la Tradition, l'Épiscopat, les sacrements, les reliques.

Mais avec les sectes, le sens de l'Église universelle (qui reste vivant dans les grandes Églises congrégationalistes) peut se perdre entièrement. 

LA THÉOLOGIE

La théologie protestante (comme aussi la catholique) était jusqu'ici une scolas­­tique (scolastique luthérienne -Johann Andreas Quenstedt, mort en 1688, David Hollaz, mort en 1713-, scolastique calviniste -Gisbert Voetius, mort en1676, Johann Coccejus, mort en 1609- ; face à la scolastique thomiste), qui développait des idéologies de combat. L'Académie protestante de Saumur s'illustrait alors avec Moïse Amyraut qui parlait, dans le cadre de la prédestination, d'un hypothétique décret de salut universel*.
* Peut-être s'inspirait-il de Calvin qui notait, dans le premier chapitre de son Institution de la relation chrétienne, après avoir parlé de la prédestination : ‟Dans la vie courante, considérez tout le monde comme sauvé”.
Les débuts de l'exégèse historico-critique : il est de mise de citer l'oratorien  Richard Simon comme initiateur de l'exégèse. C'est mal connaître l'histoire. Richard Simon (1638-1712) est l'auteur d'un Histoire critique du Vieux Testament (1678) qui relève plus de l'étude biblique que de l'exégèse. Il est connu, en particulier, pour son esprit polémique : en montrant que la Bible contenait des erreurs, des lacunes, des contradictions il voulait prouver qu'elle ne peut, sans l'intervention de l'autorité de l'Église qui supplée à ses manques, servir de fonde­ment à la vraie Religion, comme le prétendaient les protestants. Le véritable départ d'une exégèse critique dégagée de préjugés est Louis Cappel, hébraïsant, professeur d'Ancien Testa­ment à l'Académie protestante de Saumur. Dans son livre  Le secret de la ponctuation révélé (Leyde, 1624) il se pose la question de savoir la date à partir de laquelle les rabbins ont introduit les points-voyelles dans le texte hébreu du Premier Testamention). Il établit que cela ne peut être avant le cinquième siècle de notre ère. Sa thèse, objet de beaucoup de critiques à l'époque (en particulier en Suisse où sa thèse est condamnée dans le Consensus Helveticus de 1675) et même après, est aujourd'hui considérée comme la plus vraisemblable.
Les fondateurs de l'exégèse historico critique proprement dite sont les professeurs pro­testants allemands David Michaelis (1717-1791) pour le Premier Testament et Johann Salomo Semler (1725-1791), pour le Nouveau.

Outre ses écrits philosophiques et politiques, Locke avait écrit Que le christianisme est une religion très rationnelle (1695), mais l''essor d'une pensée religieuse protestante que l'ont peut qualifier d'éclairée date de Chris­tian Wolff (1679-1754), mathématicien, philosophe, théologien (philosophe de la religion), auteur de nombreux manuels scolaires en dehors de ses productions universitaires, disciple et successeur de Leibniz, connaisseur de Descartes et de Locke. C'est l'époque de la "Néologie", servie par des penseurs que l'on pourrait qualifier de "philosophes de la Religion". Les  théolo­giens protestants au 18ème siècle se clas­sent d'ailleurs, de façon significative pour l'avenir, en rationalistes (qui refusent les miracles) et supra­natu­ralistes (qui acceptent le miracle). Cela ne va pas sans débats ou même querelles : August Hermann Francke (1663-1727), professeur à la Faculté de théologie piétiste de Halle, fondée en 1694, entrera en conflit avec Christian Wolff.

Le monde protestant qui n'existait pas avant, s'est constitué de la moitié du 17ème siècle à la moitié du 18ème , il ressemble à celui que nous connaissons encore aujourd'hui.

Jacques Gruber




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